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Le cancre est là

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Fermeture du blog

mardi 15 septembre 2015 à 17:36
Ce blog est désormais fermé.

Pas définitivement, et même sans interruption, puisqu'il s'agit juste d'un changement d'adresse.

Je passe à PluXML, et ça se passera désormais ici !

À très vite !

Mozilla, tu fous quoi ?

mercredi 27 mai 2015 à 12:25
Aaaaaah, Mozilla. Et ton navigateur phare : Firefox.


Téléchargez Firefox


À lire pléthore d'articles, tu commences à faire de la merde. HTTPS obligatoire, signature obligatoire des extensions, la publicité, etc. Que de mauvais choix, de l'avis général. Enfin, de l'avis général de personnes qui ne contribuent pas, principalement.

Mozilla, ta fondation à but non-lucratif prend une mauvaise tournure. Mettons de côté les histoires de pognon, on s'en fout du pognon, non ? Après tout, tes développeurs peuvent travailler gratuitement, et faire la manche dans le métro en rentrant du boulot, c'est ça l'implication, c'est ça la dévotion, c'est ça le LIBRE que diable ! On s'en fout de la monnaie lorsqu'on veut changer le monde, c'est bien connu. C'est d'ailleurs pour ça que la principale préoccupation de chacun, c'est le fric et que le monde ne change pas, non ?

À moins que...

Ah oui, pour faire de la qualité, il faut travailler, et le travail se paye. En plus, tu as une certaine vision du travail, une certaine politique sociale, parce que changer le monde, c'est commencer par se changer soi-même. Et dans un monde capitaliste, c'est très dur de ménager la chèvre et le chou, je sais. C'est le problème que rencontre chaque militant que veut changer les choses sans passer non plus sur le fait de vivre sa vie.

Ton gros problème, Mozilla, c'est qu'une des pages les moins visitées doit être celle-ci. Combien de tes utilisateurs ont un compte pour donner leur avis sur ta plate-forme dédiée à cet usage ? Combien se sont inscrits à ta communauté ? Combien ont donné un peu d'argent ? Combien ont compris qu'un logiciel gratuit ne se fait pas sur du travail gratuit ? Combien se disent "que puis-je faire pour aider" ?

Combien de tes concurrents ouvre aussi facilement leur code source ? Aucun, évidemment. Combien de tes concurrents font de la pub pour leur navigateur ? Tous. Or l'esprit d'un navigateur ne peut se répandre que s'il est utilisé. C'est bien beau d'avoir une belle philosophie, mais si c'est pour que ça intéresse 3 clampins dans leur coin, ça ne changera jamais le monde. Car pour faire un monde plus libre et ouvert, il faut que les internautes soient libres, et ça ne peut se faire qu'avec un navigateur populaire et répandu. Et donc en trouvant un moyen de contrer les attaques de concurrents.

Mais tu es coupable, Mozilla. Coupable de cette vision. Même si, dans toute ton histoire et à chaque fois que tu as pris une décision controversée tout le monde disait "ça va finir comme ça", et que ça ne s'est jamais fini "comme ça".

Parce que tu restes farouchement accrochée à tes valeurs, ces valeurs qui devraient être les nôtres chaque jour.

Firefox est le meilleur navigateur que nous ayons. Il n'y a aucun doute là dessus. C'est un navigateur avec lequel nous sommes et restons libres. C'est le navigateur le plus avancé dont nous disposions sur ces critères.

Mais Mozilla, je vais te dire. Dans toute cette histoire et ce shitstorm qui se lève, c'est certainement moi le coupable. Sur tous ces sujets, je n'ai quasiment rien dit. J'attendais de voir. Je savais bien qu'il y avait quelque chose, mais je n'arrivai pas à mettre la main dessus. En fait, le problème, c'est que je ne me suis pas posé la question de savoir "comment faire pour que ça change ?". Pas une seconde. D'autres s'en chargent, après tout.

Or, et c'est bien là une de tes valeurs, Firefox (et tous les autres produits) ce n'est pas que toi, Mozilla. C'est nous tous. Ce navigateur est un bien commun, que tu défends avec les moyens que tu as, les moyens dont tu disposes dans un monde capitaliste.

Alors c'est peut-être à nous de faire notre part du boulot, en définitive. En contribuant, en installant Firefox partout, en expliquant pourquoi c'est bien non seulement comme logiciel mais comme esprit derrière le logiciel. En expliquant pourquoi, avec ce navigateur, l'internaute est plus en sécurité et dans le respect de sa vie privée qu'avec n'importe lequel autre. Pourquoi c'est important d'utiliser Firefox tout le temps. Et peut-être même donner un peu d'argent. Parce que si les 300 millions d'utilisateurs donnaient 10€ par an, tu n'aurais plus besoin de partenariat avec des entreprises dangereuses, tu n'aurais plus besoin de pub, plus besoin de prendre des décisions controversées pour continuer le combat.

Alors Mozilla, merci. Et continue comme ça. Parce que sans toi, nous n'aurions pas tous ces beaux et bons logiciels gratuits et libres qui nous aident à nous battre pour un meilleur monde numérique. Et pas seulement numérique d'ailleurs.

Ne change rien, c'est à nous de venir te soutenir.

Où est Charlie ?

jeudi 8 janvier 2015 à 12:47


Le 7 Janvier 2015, ça a été une journée de merde.

Je ne suis pas républicain, mais j'aurai attendu que les drapeaux ne soient plus en berne pour publier cet article. Et croyez moi, ça a été dur de tenir jusque là, la "période de décence" ne servant qu'à entériner un discours dominant qui marquera l'Histoire en gommant les autres, les divergences. Une "période de décence" concernant Charlie Hebdo, c'est quand même un comble. Et pourtant, ils ont été nombreux, ces "Charlie", à matraquer la moindre personne qui ne rentrait pas dans le rang, qui n'avait pas le bon discours, à balancer des "ta gueule" en guise de défense de la liberté d'expression.

Une journée de merde, oui. C'est le plombier qu'on avait appelé dans l'entreprise où je travaille qui l'a dit. Rien à voir avec l'attentat au siège de Charlie Hebdo hein. C'est juste qu'à 11h45, il se prenait une décharge de merde dans la gueule pendant que j'essayais de répondre à mon mobile sur lequel mon père m'appelait pour m'annoncer l'attentat. Comme quoi, les coïncidences...

J'ai attendu avant de publier ce billet parce qu'il est difficile d'avoir un discours différent dans des moments aussi intenses. Et que personne ne me demandait de me prononcer, contrairement à tous les musulmans de France et de Navarre à qui on ordonnait de prendre position. Des fois qu'on soit entouré de 5 millions d'ennemis sans le savoir, j'imagine. J'ai attendu parce que l'émotion est intense, mais que désormais l'émotion doit laisser la place à la réflexion. Et qu'il est largement temps d'arrêter les conneries.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il me semble important de préciser quelques petites choses. Bien évidemment, je suis horrifié et choqué par ce qui est arrivé. Je soutiens à 100% les familles et proches des victimes ainsi que les personnes survivantes dont certaines devront vivre avec un lourd poids, qui n'est pourtant pas de leur fait, ni de leur faute, ni de leur responsabilité, sur les épaules. Leur mort est absurde et horrible. Mais cette horreur ne doit en aucun cas nous couper de la critique, de l'analyse et de la réflexion. Et c'est ce dernier exercice dont il sera question ici.

De plus, je soutiens tout autant, si ce n'est plus, les personnes de confession musulmane qui subissent et vont continuer du subir une islamophobie débridée, les amalgames, les récupérations haineuses et qui vont et sont déjà la cible d'actes haineux, stupides et tout aussi absurdes que les actes perpétrés par les terroristes. Je pense aussi à toutes ces personnes qui n'ont pas la chance de faire "bien blanc fréquentable" qui subiront tout autant ces actes et propos ignobles. Je soutiens tout autant les personnes de confession juive qui sont victimes d'actes et propos d'un antisémitisme débridé.

Si vous êtes encore dans l'émotion, dans le ressenti, dans le choc, je ne peux que vous conseiller d'arrêter ici votre lecture, et de revenir plus tard, l'esprit plus libre, plus posé, ce billet ne bougera pas tout de suite.

Maintenant que les choses sont posées, nous pouvons commencer à rétablir quelques vérités, plus symboliques que factuelles.



Pour commencer, il me semble qu'on a commencé par se poser la mauvaise question. "Que veulent les terroristes ?". Le simple fait de se poser cette question n'est-elle pas un aveu d'échec ? Car, s'il est déjà délicat de prétendre connaître les motivations profondes d'un ennemi, le sous-entendu de la réponse est d'autant plus périlleux. En effet, en posant cette question, généralement dans un contexte de ne pas se conformer à la volonté de ces individus, on se définit par rapport à eux, on déterminera si une action est bonne ou mauvaise en fonction de leur volonté supposée. Pire, on cherchera instinctivement à faire l'inverse de ce qu'ils voudraient, leur conférant ainsi un grand pouvoir, celui de nous diriger, en tant que société, en négatif.

Honnêtement, je me fous de ce qu'ils veulent. Je me fous de savoir si, oui ou non, ce que je fais leur plais ou pas, les aide ou pas. La question qu'on devrait se poser, tous, sans exception, c'est "que voulons-nous, nous ?". Comment nous définissons-nous, en tant que société ? En tant que peuple ? Comment voulons-nous vivre ? Quelles sont nos valeurs ? Point.

Les valeurs que prétendent défendre tous ceux qui seraient "Charlie" aujourd'hui sont apparemment la liberté, le vivre ensemble, l'antiracisme. Pourtant, ils érigent en parangon de vertu un journal qui a fait son beurre sur l'oppression, ou, à tout le moins, sur la complicité de l'oppression. La satire, ce n'est pas taper sur tout le monde indifféremment, c'est taper sur le pouvoir en place, tourner en dérision un système, pour faire avancer la société. Taper indifféremment sur tout le monde, au motif que ce serait plus "égal", c'est contribuer à faire perdurer les oppressions, car on tape déjà sur des populations opprimées. Et on ne fait rien avancer. Et c'est ça, qu'était Charlie Hebdo, au moins depuis sa renaissance par Philippe Val en 1992 (la dérive sera lente mais certaine). Oui, Charlie Hebdo était raciste, oui Charlie Hebdo était sexiste, homophobe et islamophobe, pour ces raisons. Mais non, personne ne méritait la mort pour cela.

On veut nous faire croire que c'est la liberté d'expression qui a été attaquée. Rien n'est moins faux, les Zemmour, Houellebecq et autres haineux continueront d'être invités sur les plateaux télé, sans être inquiétés, désavoués ou mis face à leurs mensonges éhontés. Ils continueront de déverser leur haine, soyez-en certains, et demain plus que jamais. Car ce ne sont pas les terroristes qui menacent la liberté d'expression, mais la Loi. Seule la Loi peut limiter les libertés, et de ce point de vue, cela fait des dizaines d'années que nous perdons du terrain, dans l'indifférence quasi-générale. Où étaient tous les Charlie pendant SOPA, ACTA, la Loi sur la Programmation Militaire ? Combien de "Charlie" défendent le régime de la garde à vue ? Combien de "Charlie" usent du terme "droitdelhommiste" comme d'une insulte ? Combien de "Charlie" trouvent dégueulasse que la pire des raclures ait le droit à un avocat ? Combien de "Charlie" s'élèveront contre les lois liberticides à venir ?

Quelques imbéciles, refusant toute culture politique, appellent à s'en prendre à la cause du terrorisme... en s'en prenant aux pauvres et aux "sous-éduqués". Bien sûr, ces abrutis sont applaudis par d'autres abrutis désireux de conserver leurs privilèges et leur mode de vie. La cause du terrorisme, c'est principalement l'impérialisme, ce sont ces pays qui en envahissent et en attaquent d'autres pour leur prendre leurs ressources sous couvert d'y apporter la liberté et la démocratie. Avec le succès qu'on connaît. L'impérialisme crée 2 types de terroristes : ceux qui sont victimes de l'impérialisme, et ceux qui le défendent. Ces pays impérialistes, ce sont les USA, la France, l'Allemagne, Israël, le Royaume Uni, la Russie, etc. Sauf que pour remettre en cause l'impérialisme, encore faudrait-il en avoir conscience et donc accepter à la fois d'avoir une culture politique et aussi de remettre en cause notre société. Alors qu'il est tellement facile de s'en prendre à une frange de la population, les pauvres, pour changer. C'est tellement pratique d'oublier que, non, tous les terroristes ne viennent pas d'un environnement pauvre, qu'ils ne viennent pas tous de familles "défavorisées", qu'ils ne défendent pas tous une vision très particulière de l'Islam. J'en veux pour preuve Anders Breivik, qu'on oublie bien facilement et qui fit 77 morts. Enfin, lui, je suppose que ça compte pas, n'est-ce pas ? Après tout, les terroristes, ils sont pauvres, sous-éduqués, défendent l'Islam, n'est-ce pas ?

Il est, de plus, une distance absurde qui est mise entre les terroristes et nous-même. "Barbares", "monstres", voici comment ils sont qualifiés. Comment qualifier, alors, une société qui laisse des centaines de personnes mourir dans la rue de maladie, de froid, alors qu'elle a largement les moyens de l'éviter ? Comment qualifier une société où des centaines de milliers de personnes manifestent dans la rue contre une orientation sexuelle, contre une ouverture de droits à une partie oubliée de la population ? Comment qualifier une société où de jeunes trans* se suicident en raison de la violence qui est, pour elles et eux, la société d'aujourd'hui ? Comment qualifier une société qui remplace le mot "solidarité" par "assistanat" ? Comment qualifier une société qui surveille sa population sans contrôle d'un juge ? Comment qualifier une société qui vend des armes et des moyens de surveillance aux pires dictatures ? Comment qualifier une société qui ne considère pas le jet d'une grenade dans un kebab "d'attentat" ? Comment qualifier une société où une femme ministre noire est décrite comme étant une guenon ? Comment qualifier une société dont le premier ministre se laisse aller au pire racisme envers les Rroms ? Barbares, monstres, voici ce que nous sommes aussi.

Ce Dimanche est organisée une "marche républicaine". On vous promet qu'il n'y aura pas de récupération, bien évidemment. Mais organiser une marche républicaine pour des personnes qui se définissaient comme anarchistes, c'est déjà une récupération. Et comment ne pas qualifier de "récupération" l'organisation de cette marche ? Avec les partis politiques en tête et les journalistes et syndicats de journalistes DERRIÈRE eux ? Avec Netanyahou à sa tête, le grand boucher de la Palestine. Pas de récupération politique, vous dit-on. Et puisque l'émotion est tellement intense, l'esprit critique est en veille, s'il n'a jamais vraiment fonctionné. Unité nationale abrutissante, pour un journal qui, somme toute, défendait aussi l'anticonformisme. Ah, il est beau, "l'hommage".

Mais maintenant, que faire ? Je n'ai pas de solution absolue, mais il serait intéressant de prendre des positions fortes qui défendent les valeurs auxquelles nous devrions tous être attachés. Peut-être est-ce à nous d'aller vers nos concitoyens musulmans et leur dire "nous savons que vous n'avez rien à voir avec ces attentats". Peut-être qu'autant de personnes devrait défiler dans la rue chaque fois qu'on réduit une liberté. Peut-être que nous devrions mettre fin au capitalisme, source des terroristes. Peut-être que nous devrions arrêter d'avoir cette image du "vivre ensemble" qui ne serait qu'entre-soi. Peut-être que nous devrions cesser d'avoir peur des autres. Peut-être que nous devrions réellement défendre les mêmes droits pour toutes et tous plutôt que de continuer le deux poids deux mesures.

Tout bien réfléchit, oubliez ça. Ce n'est pas ce que nous devrions "peut-être" faire. C'est une nécessité.

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Crédits photos

Sylvain Collet
Kanichat

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[Traduction] Emma Watson : L'égalité des genres est aussi notre problème

lundi 22 septembre 2014 à 16:22

Ce texte est une traduction en français du discours d'Emma Watson devant les Nations Unies.
Ce texte est publié sous la licence CC by-sa 4.0.
Les traducteurs ayant gentiment participé à l'établissement de ce texte sont : pierrecastor, v45h (vash+feminism AT v45h DOT org), Riff, OranginaRouge, Koemgun, Httqm et votre serviteur.


Aujourd'hui, nous lançons une campagne appelée «HeForShe» [NdT : LuiPourElle en francais].

Je viens vers vous car j'ai besoin de votre aide. Nous voulons en finir avec les inégalités de genre, et pour cela nous avons besoin que tout le monde soit impliqué.

C'est la première campagne de ce type aux Nations Unies : nous voulons rassembler et encourager autant de garçons et d'hommes que possible pour être les défenseurs d'une égalité des genres. Et nous ne voulons pas nous contenter d'en parler, mais faire en sorte que cela soit réaliste.

J'ai été désignée à ce poste il y a six mois et plus je parlais du féminisme, plus je réalisais que le combat pour les droits des femmes était trop souvent devenu synonyme de «haine des hommes». S'il y a une chose dont je suis certaine, c'est que cela doit cesser.

Pour mémoire, le féminisme est par définition : « la conviction que hommes et femmes devraient avoir les mêmes droits et des opportunités égales. C'est une théorie politique, économique et sociale de l'égalité des sexes.»

J'ai commencé à m'interroger sur les questions de genre lorsqu'à huit ans je n'ai pas compris le fait d'être qualifiée de petit « caïd », parce que je voulais diriger les pièces de théâtre que l'on préparait pour nos parents, alors que les garçons ne l'étaient pas.

Lorsque j'avais quatorze ans, j'ai commencé à être sexualisée par des articles de presse.

À quinze ans, mes amies ont commencé à quitter leurs équipes de sport car elles ne voulaient pas être trop « musclées».

Quand j'ai eu dix-huit ans mes amis du sexe opposé étaient dans l'incapacité d'exprimer leurs sentiments.

J'ai décidé de devenir féministe et cela ne m'a pas semblé compliqué. Mais mes récentes recherches m'ont montré que le mot féminisme a une connotation négative.

Apparemment, je fais parti des femmes dont l'expression est perçue comme trop forte, trop agressive, isolante, contre les hommes et peu attrayante.

Pourquoi ce mot met-il tant mal à l'aise ?

Je viens d'Angleterre et je pense qu'il est juste qu'en tant que femme, je sois payée de la même façon que mes équivalents masculins. Je pense qu'il est juste que je puisse prendre des décisions à propos de mon propre corps. Je pense qu'il est juste que des femmes me représentent au sein des instances politiques de mon pays. Je pense qu'il est juste que l'on m'accorde socialement le même respect que celui attribué aux hommes. Mais malheureusement je dois dire qu'il n'y a aucun pays au monde où toutes les femmes peuvent s'attendre à recevoir ces droits.

Aucun pays dans le monde ne peut dire qu'il a atteint l'égalité des genres.

Ces droits, je les considère comme les droits humains, mais je suis parmi les plus chanceuses. J'ai une vie de privilégiée car mes parents ne m'ont pas moins aimée parce que j'étais une fille. Mon école ne m'a pas bridée parce que j'étais une fille. Mes mentors n'ont pas supposé que j'irai moins loin car potentiellement je donnerai la vie à un enfant un jour. Toutes ces personnes influentes ont été les ambassadeurs de l'égalité des genres qui ont fait ce que je suis aujourd'hui. Ils ne le savent peut-être pas, mais ce sont des féministes qui s'ignorent. Et nous avons besoin de plus de personnes comme eux. Et si vous haïssez toujours le mot, et bien ce mot n'est pas le plus important, ce qui est important c'est l'idée et l'ambition qu'il y a derrière. Parce que toutes les femmes n'ont pas eu la chance d'avoir les même droits que moi. En réalité, statistiquement, très peu ont eu cette chance.

En 1997, Hilary Clinton a prononcé un discours célèbre à Pékin à propos des droits des femmes. Malheureusement, beaucoup des changements qu'elle voulait apporter ne sont toujours pas effectifs aujourd'hui.

Mais ce qui pour moi ressortait le plus était que seulement un tiers de son audience était masculine. Comment pouvons-nous affecter les changements du monde si seulement la moitié de la population est invitée ou se sent bienvenue à participer à la conversation ?

Messieurs, je voudrais saisir cette opportunité pour étendre votre invitation. Les inégalités de genres sont aussi votre problème.

Parce que jusqu'à ce jour, j'ai vu le rôle de mon père en tant que parent être sous-évalué par la société bien que j'ai eu besoin de sa présence autant que de celle de ma mère.

J'ai vu de jeunes hommes souffrant de problèmes psychologiques incapables de demander de l'aide, par peur d'avoir l'air moins « macho». En réalité, au Royaume-Uni, le suicide est la première cause de mortalité des hommes entre 20 et 49 ans, et surpasse les accidents de la route, le cancer et les maladies cardiovasculaires. J'ai vu des hommes fragilisés et manquant de confiance par une vision distordue du succès masculin. Les hommes non plus ne bénéficient pas de l'égalité.

Nous ne parlons pas souvent des hommes emprisonnés par les stéréotypes de genres mais je peux voir qu'ils le sont et que quand ils en seront libres, les choses changeront pour les femme de façon naturelle.

Si les hommes n'ont pas besoin d'être agressifs pour être acceptés, les femmes ne se sentiront plus obligées d'être soumises. Si les hommes n'ont pas à contrôler, les femmes n'ont pas à être controlées.

Aussi bien les hommes que les femmes devraient se sentir libre d'êtres sensibles. Aussi bien les hommes que les femmes devraient se sentir libre de se sentir fort. Il est temps que nous percevions le genre comme un éventail et non comme deux ensembles d'idéaux opposés.

Si nous arrêtions de définir les autres par ce que nous ne sommes pas et que nous commencions par nous définir par ce que nous sommes ; nous pourrions tous être plus libres et c'est l'objectif de HeForShe. Cela concerne nos libertés.

Je veux que les hommes reprennent le flambeau. Que leurs filles, leurs sœurs et leurs mères puissent être libres de préjugés, mais aussi que leurs fils puissent avoir la permission d'être vulnérable et humains, et qu'ils revendiquent ces parts d'eux-même qu'ils ont abandonné, et qu'ainsi ils soient des versions plus honnêtes et plus complètes d'eux-même.

Vous devez penser : « qui est cette fille d'Harry Potter ? Et que fait-elle sur la scène des Nations Unies ? » Ce sont de bonnes questions, et croyez-moi, ces questions, je me les suis posées. Je ne sais pas si je suis bien qualifiée pour être ici. Tout ce que je sais, c'est que je me préoccupe de ce problème. Et je veux le résoudre.

Ayant vu ce que j'ai vu, et la chance m'étant donnée d'en parler, je pense que c'est mon devoir de dire quelque chose. L'homme polititique Edmund Burk a dit : « la seule chose qui permet au mal de triompher est l'inaction des hommes et des femmes de bien. »

Durant la préparation angoissante de mon discours et les moments de doutes, je me suis rappelé fermement : « Si je ne fais rien, qui le fera ? Si je ne le fais pas maintenant, quand cela se fera-t-il?» Si vous avez des incertitudes similaires lorsque des opportunités se présentent à vous, j'espère que ces mots vous seront utiles.

Car la réalité est telle que si nous n'agissons pas maintenant, cela prendra 75 ans — et je serais presque centenaire — avant d'espérer que les femmes soient payées l'équivalent des hommes à travail égal. En seize ans, 15,5 millions de filles vont être mariées dès leur enfance. À cette vitesse, ça ne sera pas avant 2086 que les femmes africaines rurales pourront aller au lycée.

Si vous croyez dans cette égalité, vous êtes peut-être l'un de ces féministes qui s'ignore dont j'ai parlé plus tôt.

Et pour cela je vous applaudis.

Nous luttons pour un monde uni, mais la bonne nouvelle est que nous avons un mouvement unificateur. Il s'appelle HeForShe.

Je vous invite à allez de l'avant, à vous faire entendre, à être cet homme pour cette femme. Et à vous poser cette question : « Si vous ne faîtes rien, qui le fera ? Si vous ne le faîtes pas maintenant, quand cela se fera-t-il ? »

Merci.

Ce texte est publié sous la licence CC by-sa 4.0 logo CC by-sa 4.0.

Lien vers le framapad de traduction

Le travail

lundi 14 avril 2014 à 18:20
J'inaugure une nouvelle catégorie "À la poursuite de Keynes". Il ne s'agit pas là de faire une thèse sur le sujet, mais de survoler les notions essentielles, les concepts impliqués et comment ils s'articulent ensemble pour former le monde d'aujourd'hui.

Parce que, bon, j'avais envie de parler de la fumisterie keynésienne. Mais avant cela, il faut savoir ce qu'est le salaire.

Je me suis donc dit que j'allais parler du salaire. Mais on ne peut pas parler du salaire sans parler du travail salarié.

J'allais donc attaquer le travail salarié, mais on ne peut pas bien le faire sans parler du travail en général.

Alors, bordel, qu'est-ce que le travail ? Vaste question qui prend racine chez nos aïeux latins : le tripalium, instrument de torture à trois pieux. Le verbe travailler vient de "tripaliare" : torturer avec le tripalium. C'est bien joli, mais ça ne nous dit pas grand chose.

On pourrait dire que le travail comprend 2 des 6 facteurs de production du capitalisme : la force de travail et le capital humain (connaissances, formation, expérience, etc.) ; pour ensuite parler de capital physique, naturel, immatériel, etc. Mais ça serait chiant et on larguerait beaucoup de monde au passage, alors que, bon, déjà qu'il n'y en a pas beaucoup qui viennent se perdre ici, alors si c'est pour qu'ils se cassent en courant...

Alors, bon, SIMPLEMENT, qu'est-ce que le travail ? Mettons de côté la définition physique du terme pour nous pencher sur le travail humain, au sens socio-économique.

Étonnamment, comme le tripalium, on peut diviser la notion de travail en 3 grands pieux grandes catégories, relatives au contexte de l'usage de la force de travail d'un être humain :

- le travail forcé
- le travail subordonné
- le travail libre

Penchons nous donc sur ces 3 notions.

Le travail forcé


A priori, le travail forcé, c'est une notion simple, tout le monde voit ce que c'est. Il s'agit d'un travail qu'on est forcé d'effectuer, sans contre-partie. On pourrait penser que le travail forcé a disparu de nos contrées, pourtant il n'en est rien.

S'il est vrai que la corvée (au sens médiéval du terme) commence à disparaître dès la fin du XIe siècle avec l'utilisation étendue de la monnaie, elle ne disparaîtra totalement en France qu'en 1789, avec la fin du système féodal. On retrouve les stigmates de ce temps dans des expressions comme "corvéable à merci". Une corvée qui était mal ou pas exécutée se voyait punie, assez sévèrement.

L'esclavage, qui mettra bien plus de temps à disparaître, en est une autre forme. Il n'a d'ailleurs pas encore tout à fait disparu. L'esclavage se repose sur les esclaves, des êtres humains privés de toute liberté, considérés comme des biens matériels. La différence fondamentale avec une chaise, par exemple, c'est que l'esclave possède une force de travail, qu'il est tenu de mettre au service de son propriétaire. Il est d'usage d'apporter les moyens de survie à ses esclaves : nourriture et abris. Rarement plus. Parfois moins. Il n'était pas rare qu'un esclave qui n'était pas assez productif soit exécuté, ou laissé à l'abandon. De sorte que le seul choix possible était "le travail ou la mort".


Travaux forcés de prisonniers en Caroline du Sud - 1934


Un autre travail forcé se retrouve sous forme de sanction pénale : il s'agit bien sûr des travaux forcés, ou travaux d'intérêt général (TIG) en France. L'idée est ici de proposer à un condamné de payer la dette qu'il a envers la société par sa force de travail. On retrouve cette notion dans certaines BD, comme Lucky Luke où les Dalton cassent des cailloux, le boulet au pied. Aujourd'hui, les TIG prennent la forme de travaux de voirie, de travail associatif, etc. Si le TIG n'est pas accepté, c'est la prison ou l'amende (selon les cas). C'est en général la facette du travail forcé qui paraît la plus légitime, et la seule à avoir cours légal en Occident.

Ça, c'est pour la partie facile. Passons à un morceau un peu plus corsé...

Le travail subordonné


Si je vous dis "travail subordonné", vous pensez sans doute au salariat, à une hiérarchie, etc. Et bien non. C'est un tout petit peu plus complexe que ça. Commençons par faire peur avec une définition marxiste. Nous allons donc parler du travail subordonné à la valorisation d'un capital. Bouh !

Pour faire un peu plus simple, le travail subordonné est en fait subordonné à la production d'un bien ou d'un service grâce à des moyens de production qui appartiennent à une personne (morale ou physique) privée.

C'est pas plus simple ? Non ? Alors faisons TRÈS simple. Le travail subordonné, c'est produire un bien ou un service dont la méthode, la machine et/ou la finalité ne vous appartiennent pas, au profit d'une autre personne. Le plus souvent dans des conditions imposées qu'on ne vous propose pas de négocier. En clair, vous fournissez votre force de travail en échange de quelque chose. Ce quelque chose, c'est dans l'immense majorité des cas, un salaire, dont nous verrons la nature exacte dans un autre article.

Le travail subordonné est donc le travail qui augmente la valeur des possessions d'un autre. Une toute petite partie de cette valorisation revient à celui qui a fournit le travail. Le travail subordonné, c'est le travail que vous ne décidez pas. Vous ne décidez pas de comment vous l'accomplissez, pourquoi vous l'accomplissez et comment il sera utilisé. Le travailleur subordonné donne sa force de travail pour un usage dont il n'a pas la maîtrise. Il est, de fait, soumis à une triple subordination (qui a dit "tripalium" ?) :

- une subordination de hiérarchie (en immense majorité constituée d'autres travailleurs subordonnés) qui est destinée à s'assurer du plein contrôle de la force de travail ;
- une subordination de moyen, car l'employé, ne disposant pas de moyens de production propres, est soumis à la bonne utilisation de l'outil de travail qu'on lui fournit, selon des règles qu'on lui impose, sans négociation, et parfois au péril de sa propre vie ;
- une subordination de production de valeur ajoutée, qui est la finalité de son travail, c'est à dire que son travail sera valorisé par la suite, au dessus de ce qu'il touchera en échange, la différence allant dans les poches du possesseur des moyens de production.


Une usine


Le travail subordonné est très ancien mais ne prend vraiment pied en France qu'aux alentours de 1789, avec la fin du féodalisme et la montée de la bourgeoisie et du capitalisme industriel. Il ne prend la forme du salariat moderne qu'au début du XXe siècle avec la fin des contrats de louage et la création du contrat de travail. Le contrat de louage supposait une égalité entre le patron et l'employé alors que le contrat de travail reconnaît la position de domination du patron sur l'employé et pose ainsi la première pierre de la protection de ce dernier. Nous sommes bien dans la subordination, totale, le contrat de travail reconnaissant, de fait, l'aliénation de l'employé au patron.

Aujourd'hui, le travail subordonné, sous la forme du salariat, représente 91+% des actifs en France (source INSEE - 2012). Si ça marche si bien, c'est que c'est un des meilleurs moyens pour valoriser un capital, après le travail forcé.

Sur les deux types de travail que nous venons de voir, aucun ne nous appartient. Est-ce à dire que le travail ne nous appartient pas ? Cette question tombe (étrangement) à pic car nous allons désormais aborder la dernière catégorie de travail, certainement la plus plaisante.

Le travail libre


Le travail libre, ça sonne bien, mais qu'est-ce ? Demandez autour de vous ce qu'est le travail libre, et vous aurez une chance sur deux pour qu'on vous réponde "un travail librement consenti". Raté.

On pourrait résumer le travail libre comme étant du travail non forcé et non subordonné. Cette définition par exclusion, si elle a le mérite d'être rapide, empêche cependant de se pencher sur ce qu'est réellement le travail libre.


La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix
La révolution, du travail libre ?



Le travail est libre si votre force de travail est utilisée de la manière dont vous le décidez, aux fins que vous voulez, pour une production qui vous appartient. Il est donc inacceptable, pour un grand capitaliste, que cette force de travail n'aille pas à la valorisation de son capital. Et pourtant, du travail libre, il y en a partout.

Les professions libérales, où la force de travail est mise au service de la personne qui fournit cette force et dont le produit lui revient, c'est du travail libre.

Mais le travail libre, ce n'est pas forcément un métier exercé en échange d'argent ou dans un but marchand.

Le jardinage dans votre jardin, par exemple, c'est du travail libre. Encore faut-il posséder une terre. Le bricolage, c'est du travail libre. Un potager, c'est du travail libre.

Mais allons encore plus loin.

La retraite, c'est du travail libre : vous êtes payés pour effectuer ce que vous désirez, comme vous le désirez, au moment où vous le désirez.

Les congés payés, ironiquement, ça peut aussi être du travail libre.

Ce site, c'est du travail libre.

Mais si je donne ici des exemples, ils ne sont pas exhaustifs, loin de là. D'ailleurs, un travail donné peut-il appartenir à plusieurs catégories ?

Une seule catégorie pour un travail ?


En effet, est-ce que le travail entre dans une catégorie selon ce qu'il produit ? Le fait de construire une voiture est-il nécessaire du travail subordonné ? L'Histoire n'est-elle pas pleine d'exemples de travaux forcés devenus subordonnés ? La récolte du coton, la construction de routes, etc.

Nous sommes donc en droit de nous demander si c'est la nature du travail en lui même qui fait qu'il serait forcé, subordonné ou libre.


Après le travail - Evariste Carpentier


Les coopératives ouvrières sont l'exemple type du travail libre : les outils de production, les décisions et la production appartiennent à ceux qui fournissent leur force de travail. Ainsi la construction de voitures n'est donc pas forcément un travail subordonné, ni la production d'acier, ou le développement logiciel, ou encore la recherche, ou bien l'entretien des voiries. Le fait de faire du travail subordonné le modèle dominant est un choix politique, proposé et appuyé par ceux qui détiennent déjà les moyens de production, à leur seul avantage.

La volonté de cacher et d'empêcher le travail libre tient au fait que si les employés commencent à effectuer leur métier sous forme de travail libre, les grands détenteurs de capitaux n'auront bientôt plus de force de travail pour valoriser leur capital. Lorsque cette force de travail exploitée représente plus de 90% de la force de travail disponible d'un pays, je vous laisse imaginer l'ampleur du désastre pour lesdits capitalistes.

Conclusion


Voilà comment on peut présenter et analyser le travail, selon ces 3 grandes catégories. Si le travail subordonné représente aujourd'hui l'essentiel du travail rémunéré et reconnu, l'omniprésence du travail libre dans la quasi-indifférence donne une indication sur la capacité des détenteurs des moyens de production à imposer leur vision des choses. Pourtant "tout travail mérite salaire". Quelle est donc la nature de ce salaire, propre non pas au travail, mais au seul travail subordonné ? Quelle est sa fonction ? D'où vient-il ? Que représente-t-il ? Est-ce à ce point une charge pour "l'entreprise" ?

La suite au prochain épisode...

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Librement et vaguement inspiré par la SCOP Le Pavé